DF DANSE
Le Magazine de la danse actuelle à Montréal

Samedi 17 mars 2007

Le temps des marguerites de Menka Nagrani et Richard Gaulins

Bonheur florissant

par Christine Laguë


Dans un monde où tout va si vite, où performance et apparence semblent être trop souvent une raison de vivre, prendre le temps d'assister à un spectacle de la série Corps atypiques de Tangente fait un énorme bien et devrait être prescrit à tout ceux en carence de bonnes valeurs.

Les productions Des pieds Des mains proposait la semaine dernière Le temps des marguerites... à la folie ou pas du tout, un spectacle de danse-théâtre mettant en scène cinq interprètes, dont trois ayant un handicap intellectuel. Sur les airs superbes de l'opéra Faust de Gounod, une réflexion sur l'âge, la beauté et la perception de soi est amenée avec humour et coquetterie.

Une cantatrice ayant une carrière fortement entamée auditionne pour le rôle de Marguerite, la jeune et belle demoiselle courtisée de tous. Refusée sous prétexte de son âge mature, celle-ci sera tentée de retrouver sa jeunesse coûte que coûte, mais réalisera durement qu'il y a un temps pour chaque chose. La ronde infernale de mots qui la conduira à cette souffrante prise de conscience menée par Nicolas Belle-Isle est tout a fait remarquable. Les termes criés un à la suite de l'autre en un rythme étourdissant créent une atmosphère chaotique enivrante qui ne fait qu'accentuer la chute. On éprouve alors de la sympathie pour cette dame charmante qui croit sa beauté déclinante, car elle se fait vieille. Pourtant il n'en est rien, elle est si belle lorsqu'elle tournoie sur elle-même, ses longs cheveux volants derrière elle.

Les mouvements naturels remplis de sincérité gagnent le public. On admire la passion qui habite Geneviève Morin-Dupont et toute la fierté qui l'anime. Le jeu linéaire du docteur blasé fait sourire, mais on est particulièrement attendri par ses yeux brillants et transcendants d'amour lorsqu'il offre à Marguerite de prendre son bras.

Lever le voile sur les préjugés et renouveler notre sens du beau est une réussite de cette série initiée par Tangente. Le Temps des Marguerites... à la folie ou pas du tout est une pièce attachante qui à un pouvoir que bien des performances techniquement élevées n'ont pas : celui d'accrocher sourire aux lèvres et de rendre le coeur léger.

Christine Laguë

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